

NOTES DES CONCEPTEURS DES MAÎTRES DE LA NUIT
En direct de Brisbane la Sanglante, voici les auteurs des Maîtres de la Nuit, le dernier livre que Black Industries consacre aux redoutables ennemis qui n’attendent que l’occasion de défier et de confondre vos héroïques aventuriers. Ils nous disent comment ils en sont venus à s’attaquer au sujet des morts-vivants dans le Vieux Monde.
Jody MacGregor – Une parodie de vie !
On pourrait faire remonter mon rôle dans la genèse des Maîtres de la Nuit à l’époque lointaine où j’ai présenté une idée de livre à Hogshead Publishing pour la première édition de WJDR. Ce livre ne devait contenir qu’un seul chapitre au sujet des vampires. À l’époque, je pensais qu’il serait pratiquement impossible de concilier les différentes versions des vampires présentés dans le jeu de rôle avec celles du jeu de batailles et des romans, et que seul un fou furieux tenterait l’expérience.
Je vous entends rire d’ici.
En me plongeant dans les archives de Warhammer relatives aux vampires, j’ai été très loin ; peut-être même au point de devenir leur cousin. J’ai lu et relu les romans des cycles de Geneviève et de Zavant, la trilogie von Carstein (je dois d’ailleurs adresser tous mes remerciements à Steven Savile, son auteur, pour une conversation extrêmement instructive), les aventures de Mathias Thulmann et toutes les histoires, courtes ou longues, sur lesquelles j’ai pu mettre la main et qui contenaient la moindre référence à des suceurs de sang. Sans parler du Liber Necris, des suppléments de la première édition qui évoquaient brièvement les vampires et de livres d’armée antédiluviens, datant d’un temps où Dracula, Lugosi et les nécrarques n’étaient encore que de la bleusaille.
Non content de saigner mes sources de la plus petite goutte de précieuse inspiration, je me suis également plongé dans le folklore, l’histoire et la science. Je suis à présent l’heureux propriétaire d’une tête farcie de toutes sortes de détails triviaux relatifs aux vampires. Saviez-vous que l’anticoagulant produit par les chauves-souris vampires pour empêcher le sang de former un caillot lorsqu’elles se nourrissent est appelé la draculine ? Si vous avez dîné avec moi au cours des derniers mois, vous le savez. Et vous savez également que Bram Stoker avait commencé par appeler son personnage principal « le comte Vampyre », un nom beaucoup moins évocateur que celui qu’il choisit par la suite, et que Dracula est le personnage de fiction qui a inspiré le plus d’œuvres cinématographiques. Je peux en témoigner car j’en ai vu une sacrée ribambelle. Je vous recommande les productions des studios Hammer pour leur atmosphère très proche de celle de Warhammer, tout particulièrement Dracula, Prince des Ténèbres, avec Christopher Lee, qui accepta de reprendre le rôle auquel il était étroitement associé à une seule condition : il ne dirait pas une ligne de dialogue. Il se contente ainsi de produire toutes sortes de bruits sifflants.
Toutes ces sources d’inspiration ont trouvé le moyen de se glisser dans Les Maîtres de la Nuit, avec quantité d’autres. Certaines choses ne peuvent s’expliquer que par un empoisonnement nocturne à la caféine, à des heures tardives où j’entendais des rumeurs dans l’ombre, semblables à des voix murmurantes essayant désespérément de transmettre un message. Malheureusement, je n’ai pu saisir un traître mot de ce qu’elles racontaient ; elles étaient trop sifflantes. Pour mon propre salut, j’espère que j’ai transmis leurs intentions correctement.
Jody Mc Gregor
Les arts ténébreux de Steve Darlington !
Quand j’ai commencé à travailler sur ce projet, je n’aimais pas beaucoup les vampires. Pour être franc, je les détestais carrément.
Et pour une excellente raison : je les trouvais ennuyeux. Leur surexposition médiatique les avait réduits à des clichés ridicules, de pauvres poseurs prétentieux affublés de longues chevelures flottantes, persuadés d’être terriblement cool ou encore des zombies sans cervelle, tout juste bons à se faire hacher menu en dix secondes par des adolescentes. Les vampires, si vous me pardonnez cette expression, avaient perdu de leur mordant. Ils étaient à peu près aussi effrayants que le pékinois de ma concierge.
Mon premier objectif fut donc de faire en sorte qu’ils redeviennent dangereux et même terrifiants. Sachez que les vampires ont bien d’autres atouts que la puissance brute. Si vous remontez à la source de toute leur mythologie, le roman originel de Bram Stoker, vous découvrirez que la puissance de Dracula est loin de se résumer à ses aptitudes surnaturelles ; il y a bien plus que cela en lui. La plus grande partie de son pouvoir réside dans le fait qu’il est l’archétype du gentleman victorien : aristocratique, riche, d’une élégance nonchalante, très bien éduqué et incroyablement séduisant. C’est aussi un héros romantique, tout droit sorti d’un livre de contes avec son accent exotique, son mystérieux passé, son âme romanesque. Il n’a besoin d’aucune sorcellerie pour que les femmes succombent à son charme ; sa présence suffit.
En fait pour le personnage du comte, Stoker puisa l’essentiel de son inspiration dans la personnalité de son ami et protecteur, Henry Irving. Stoker, un pauvre immigré irlandais qui travaillait dans le service public, n’avait guère d’espoir que ses œuvres seraient remarquées jusqu’au jour où il fut découvert par cet acteur aussi riche qu’impressionnant (et qui portait toujours un long manteau noir). Irving encouragea Stoker à écrire, lui offrit son soutien et lui ouvrit les portes de son monde, un monde de richesse, de gloire et de privilèges auquel seule une longue et noble lignée pouvait permettre d’accéder. Ce fut Irving qui lui servit de modèle pour l’archétype du vampire : le tentateur luciférien, celui qui peut vous donner tout ce que vous désirez et qui représente tout ce que vous souhaiteriez désespérément être. Selon moi, c’est ce véritable culte de la personnalité que les vampires ont perdu.
Heureusement, il en va tout autrement dans le monde de Warhammer. Dans le Vieux Monde, les vampires sont des êtres redoutables, horriblement dangereux. Ils font partie des créatures les plus puissantes de la planète ; ils sont presque les égaux des dragons ou des démons et pourtant ils sont capables de marcher parmi les hommes sans éveiller le moindre soupçon. Qui plus est, ils font l’objet d’un véritable culte. Les gens du Vieux Monde sont très conscients de leur situation ; ils vivent leur courte vie à la merci de dieux indifférents, dans la pauvreté, la maladie et sous la menace du Chaos. Ils ont fini par se rendre compte que ce sont les vampires qui ont la meilleure part. Les vampires ont tout compris. Il paraît donc naturel aux humains de les glorifier, de se disputer le plaisir grisant de se faire saigner par eux, de reconnaître leur véritable statut, celui de divinités parmi les hommes. Tout cela parce que, peut-être, si vous avez de la chance, si vous les servez assez bien, ils vous accorderont l’immense honneur de vous inviter dans leur monde.
Cela ne vous coûtera rien, à part votre âme.
C’est ainsi que j’ai voulu les décrire. Menés par une ambition débridée, comme un idéal inaccessible, comme des individus qui seront toujours plus riches, plus chics, plus heureux et plus talentueux que tout le monde. Exactement le genre de personne que n’importe qui voudrait devenir.
Et n’importe qui tuerait pour cela. Pas vous ?
Biographie :Steve Darlington a écrit ou est en train d’écrire plusieurs ouvrages pour WJDR, parmi lesquels le très populaire Les Fils du Rat Cornu. Dans ses moments de loisir, il cherche justement le mot « loisir » dans son dictionnaire et essaie de comprendre sa signification. Il vit en Australie, sous une gigantesque montagne d’ouvrages de référence.