


T.S. Luikart (ici en photo avec sa fille Octavia) a collaboré à l’écriture du Bestiaire du Vieux Monde et des Royaumes de Sorcellerie.
Alors, depuis combien de temps êtes-vous fan de Warhammer ?
Je pense avoir acheté ma première miniature Citadel aux alentours de 1984. Je me souviens que je jouais de manière très active à Warhammer le Jeu des Batailles Fantastiques (quel que soit le nom que ça portait à l’époque) avant que la première édition de WJDR ou Rogue Trader 40K n’apparaissent dans ma boutique de jeu locale. Je suis très porté sur les combats désespérés dans les pires conditions… en matière de batailles, j’ai donc toujours préféré les nains. Si je me souviens bien, le premier de mes personnages à ne pas finir de manière horrible était un nécromancien.
Si vous aviez carte blanche pour écrire quelque chose pour WJDR, qu’est-ce que ce serait ?
Abandonné par un empire, maudit par un dieu.
Un endroit terrible pour y gagner sa survie ; un endroit terrible pour mourir.
Mordheim – le guide de référence et d’univers de WJDR.
Promenons-nous dans les bois pendant que l’homme-bête n’y est pas…
Si vous deviez citer votre œuvre ou auteur favori, ce serait… ?
Bridge of Birds (La Magnificence des Oiseaux) – un Roman Dans la Chine Ancienne Qui ne Fut Jamais, de Barry Hughart. Lisez-le. Vous ne le regretterez pas.
Que diriez-vous si vous deviez résumer ce qui fait votre style en une seule phrase ?
Amusant à lire, sans doute propre à enflammer votre imagination.
Que diriez-vous si vous deviez définir vos influences ?
Vous voulez dire, à part le rhum ? J’ai tendance à me montrer assez éclectique dans mes choix d’auteurs. J’adore la manière dont Cordwainer Smith utilise les mots. Pour ce qui est de la fantasy de la vieille école, j’ai toujours eu un immense respect pour Tolkien mais je me place résolument dans le camp de Leiber, suivi de près par Lord Dunsany et les deux Howard (H.P. et R.E.). Je considère Fafhrd et le Souricier gris comme les prototypes de tous les « héros » de Warhammer. Le style spirituel mais sobre de Leiber a beaucoup d’attraits à mes yeux. Je pense que trop d’auteurs modernes souffrent d’incontinence verbale. Je répète sans arrêt à mes amis que Robert Jordan sera mort bien avant d’avoir terminé sa foutue épopée.
The King of Elfland’s Daughter (La Fille du Roi des Elfes) et The Charwoman’s Shadow, de Dunsany devraient faire partie de la liste de lecture obligatoire de tous les joueurs ou MJ de WJDR. Ces deux livres mettent merveilleusement l’accent sur les dangers de la magie et mériteraient tous les deux d’être cités comme mes « livres favoris. »
Pour ce qui est des modernes, la liste est longue mais je peux y inclure, sans les mettre dans un ordre particulier, China Miéville, Frank Miller, Gene Wolfe, Terry Dowling, Guy Gavriel Kay, ces piliers de la Black Library que sont Dan Abnett et Tim Powers. Si je n’étais pas déjà T.S. Luikart, j’aurais aimé être Tim Powers. Son Drawing of the Dark (Les Chevaliers de la Brune) est presque un roman WJDR, à ne manquer sous aucun prétexte, et après la lecture de son On Stranger Tide (Sur des Mers Plus Ignorées), je me suis lancé dans des recherches sur le vaudou et les pirates qui ont duré plus d’une année pour écrire un supplément pour cet « autre » jeu de rôle médiéval fantastique.
Vous préparez-vous de manière particulière ou établissez-vous un programme de lecture spécifique pour écrire vos livres pour WJDR ?
Non pas vraiment car je lis des ouvrages de référence, j’accumule de la documentation et j’effectue des recherches depuis aussi longtemps que remonte ma mémoire. Il y a une lecture que je recommande chaudement à tous les MJ et tous les joueurs de WJDR : une œuvre de William Manchester, A World Lit Only by Fire – The medieval mind and the Renaissance – Portrait of an Age. Je sais bien que le titre est long et qu’il paraît terriblement scolaire, mais en vérité Manchester est un auteur étonnamment attachant. À l’origine, il était parti pour écrire une biographie de Magellan mais, au fil de ses recherches, il a voulu présenter la vie et les exploits de Magellan par rapport à leur contexte et son livre en a été totalement modifié. C’est vraiment une lecture très agréable, amusante, qui offre une perspective exceptionnelle sur ce que le Vieux Monde pourrait être et sur l’impression que pourrait donner le fait d’y vivre « en réalité ».
Selon vous, que nous réserve l’avenir en matière de jeux de rôle ?
Les jeux de rôle ne disparaîtront jamais, malgré tout ce que pourront dire les Chicken Little de ce monde. Cela fait 28 ans que j’entends parler de la mort prochaine de mon hobby préféré. Cependant, le marché a bien changé et de nombreuses compagnies ont mis du temps à réagir ou à rechercher de nouvelles perspectives. Dans le domaine du combat épique, les MMORG offrent à présent des sensations viscérales immédiates aux joueurs occasionnels et ces jeux se sont indiscutablement taillé leur part sur les dollars générés par l’industrie du jeu. Si les compagnies qui font du JdR à l’ancienne veulent continuer à produire et à prospérer, elles doivent absolument utiliser ce qui fait leur force, alors oui, je pense vraiment que « l’industrie » telle que nous la connaissons aujourd’hui aura quasiment disparu dans quelques années à moins que les éditeurs ne se ressaisissent. L’industrie du JdR doit relever la tête et se battre pour préserver notre distraction préférée. Nous devons faire valoir les aspects positifs du jeu de rôle auprès des jeunes et de leurs parents : le développement de l’imagination, des relations sociales, de la créativité, pour n’en nommer que quelques-uns.
La majorité des JdR se présentent encore sous la même forme qu’il y a trente ans. Ne vous méprenez pas, WJDR 2e édition est un produit fantastique et je suis terriblement fier d’avoir fait partie de cette aventure… mais cela reste un livre plein de règles, très semblable (même s’il est beaucoup plus joli !) à tous les livres d’antan. Les instruments et les médias électroniques prennent de plus en plus d’importance dans notre vie de tous les jours. Aujourd’hui le PDF et les iPod sont de plus en plus souvent présents sur les tables de jeu. Les JdR qui tirent parti du multimédia et de l’Internet commencent tout juste à se développer. J’ai bon espoir et je pense que, dans les prochaines années, nous verrons apparaître de plus en plus de jeux utilisant ces médias, orientés vers les jeunes et faciles à prendre en main, qui permettront de développer le marché.
Quel conseil donneriez-vous à un jeune auteur débutant ?
Vous qui passez cette porte, abandonnez tout espoir. Je suis sérieux.
Vous êtes toujours là ? Hmm. Bon, d’accord, alors écoutez bien : il va vous falloir une discipline de fer. Vous trouverez toujours des excuses pour ne pas écrire et certaines d’entre elles seront même bonnes. Apprenez la discipline, sinon vous ne serez jamais publié ; vous ne serez qu’un de ces poseurs qui parlent sans arrêt d’écrire et qui se limitent à faire du bruit.
Cultivez la passion de la connaissance pour la connaissance. Lisez tout ce qui vous tombe sous la main, pas seulement de la science fiction et de la fantasy. Histoire, philosophie, science, religion, poésie. Absolument tout. Explorez le monde, car dans la plupart des cas, l’expérience est un merveilleux professeur et elle est une nécessité pour la plupart des écrivains (au moins pour ceux qui ambitionnent d’écrire de manière crédible).
Je vous souhaite bonne chance du fond du cœur, parce que nombreux sont ceux qui tombent dans le fossé et vous en aurez vraiment besoin.
Que feriez-vous si vous étiez soudainement téléporté dans le Vieux Monde ?
Je me raserais la tête et je me comporterais comme un flagellant (parce que personne n’a très envie d’approcher ces individus), le temps d’arriver jusqu’à Altdorf. Avec un peu de chance, je pourrais vendre mes stupéfiantes connaissances sur leur monde aux Collèges de Magie et, en échange, ils essaieraient de trouver un moyen de me renvoyer chez moi. Évidemment, ils m’enverraient probablement récupérer un grimoire magique dans les Désolations du Chaos, parce que j’en sais BEAUCOUP TROP sur les Sombres Pouvoirs pour mon propre bien.
Et dans ce cas : du sang pour le Dieu du Sang, baby !
Pour finir… Ratier ou Noble ?
Chien de guerre...